• Borne frontière numéro 1 Borne frontière numéro 262 Croix frontière numéro 272 Croix frontière numéro 310 Croix frontière numéro 360 Borne frontière numéro 401 Ancienne croix frontière entre les bornes 1 et 2

    Le traité des Pyrénées, signé le 7 novembre 1659 sur l'île aux Faisans, au milieu de la Bidassoa entre Hendaye et Irun (Irún) par les Premiers Ministres français et espagnol (le Cardinal Mazarin représentant Louis XIV pour la France et Don Luis de Haro représentant Philippe IV pour l'Espagne) est accompagné d'un contrat de mariage de l'Infante Marie Thérèse (fille ainée de Philippe IV d'Espagne) avec son cousin germain Louis XIV le roi de France, tous deux âgés de 21 ans.

    L'Article 42 stipule que "les monts Pirenées, qui avoient anciennement divisé les Gaules des Espagnes, seront aussy doresnavant la division des deux mesmes Royaumes". Le traité ne supprime pas les droits de "lies et passeries" mais ne délimite pas la frontière.

    Les limites de la frontière entre la France et l'Espagne seront déterminées par trois traités:

    1) le traité du 2 décembre 1856 délimite la frontière allant de l'Atlantique à la Table des Trois Rois (limite de la France, de la Navarre et de l'Aragon) par 272 bornes (ou croix). [la borne numéro 1 est située à une quinzaine de mètres d'altitude, sur la falaise rive droite de la Bidassoa, à 203 mètres au Nord-Nord-Ouest du puente (pont) de Endarlatsea à la naissance de la crête Sud-Ouest de Askopé] [la borne numéro 272 est une croix qui est située au col d'Anaye ou de l'Insole à 2086 mètres d'altitude]

    2) le traité du 14 avril 1862 délimite la frontière allant de la Table des Trois Rois au Port de Bouet par 154 bornes (ou croix) numérotées de 273 à 426. [la borne numéro 273 est une croix qui est située au col de Pétragème à 2082 mètres d'altitude] [la borne numéro 426 est une croix qui est située au Port de Bouet à 2509 mètres d'altitude]

    3) le traité du 26 mai 1866 finalisé le 11 juillet 1868 délimite la frontière de la Portella Blanca d'Andorra (limite de la France, de l'Espagne et de l'Andorre) à la Méditerranée par 176 bornes (ou croix) numérotées de 427 à 602. [la borne numéro 427 est située à la Portella Blanca d'Andorra à 2517 mètres d'altitude] [la borne numéro 602 est une croix, le traité du 26 mai 1866 précise qu'elle est "gravée en dedans de la Cova-Foradada, sur la paroi verticale du côté de terre, à un mètre et demi au-dessus du sol", cette cavité étant difficile d'accès, cette borne (toujours en place) a été remplacée par une borne 602 bis]

    C'est ainsi que la frontière franco-espagnole devrait être délimitée par 602 bornes ou croix. Il n'en est rien, certaines ont disparu (actes de vandalisme arf ou autre ?...), d'autres ont été multipliées, par exemple:

    - Pour la borne 501, il y a une série complémentaire qui va de la 501 I à la 501 VI.

    - Pour la borne 44, il y a une série complémentaire qui va de la 44 A à la 44 L.

    - Au col du Somport, il y a la discrète croix 305 gravée sur un rocher et au milieu de la route il y a l'immense monument qui fait office  de borne 305 bis.

    Plus de la moitié de ces bornes ou croix, 311, sont situées aux limites des Pyrénées-Atlantiques.

    Suite au Traité de Elissonde ou Elizondo du 27 août 1785, un abornement de la frontière entre "Iriburrietacolephoa" (actuellement nommé col d'Arnostéguy) et le "col d'Izpeguy" (col d'Ispéguy) avait été réalisé, avec 197 repères constitués de bornes ou croix, entre le 29 août 1785 et le 22 septembre de la même année. Lors de cet abornement; certains repères d'un abornement précédent réalisé suite aux "Capitulations Royales" de 1614 ont été utilisés.

    C'est parti pour une "chasse" aux bornes et croix frontière, sans limite... money Un début de traversée des Pyrénées de bornes en croix frontalières cool (nommées mugas en Espagne, mugarris ou mugarriak au Pays Basque) wink2 .

     

    Ce blog créé le 14 décembre 2008 sur la plateforme KAZEO a été transféré le 18 février 2016 sur la plateforme EKLABLOG. Lors de ce transfert, le compteur des visites qui était de 188 000 a été remis à zéro ouch cry et j'ai dû refaire tous les liens qui unissent les galeries photos avec leurs articles correspondants tongue yes

       


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  • Sentence arbitrale entre St Jean, Cize et Ahescoa de 1556
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  • Sentence arbitrale entre Baretons et Roncal de 1375

    Depuis des temps immémoriaux des conflits parfois meurtriers avaient opposé la vallée de Roncal à la vallée de Barétous, presque tous étaient liés à l'utilisation des sources et des pâturages navarrais du secteur du mont Arlas sur le territoire de Navarre. C'est près d'une de ces sources que dans l'année 1373 se rencontrèrent le roncalés (Roncalais, habitant de la vallée de Roncal) Pedro Karrika ou Carrica et le Barétounais (habitant de la vallée de Barétous) Pierre Sansoler avec leurs troupeaux qu'ils voulaient abreuver. Karrika arrivé après Sansoler avait quand même la priorité car la source est située sur le territoire espagnol.et après une discussion qui tourna en lutte Karrika tua Sansoler. Le cousin de ce dernier, Anginar Sansoler, organisa une expédition punitive et ne trouvant pas le meutrier, ils se rendirent à Belagua où ils tuèrent son épouse enceinte Antonia Garde. Pour venger la mort de son épouse, Karrika accompagné d'un groupe se rendirent dans la maison de Anginar Sansoler où ils assassinèrent Anginar Sansoler et toutes les personnes présentes qui étaient en train de célébrer leur vengeance, en n'épargnant que l'épouse avec un niño en brazos (enfant dans les bras). Les habitants d'Arette s'organisèrent aussitôt pour aller dresser une embuscade dans un défilé où ils exterminèrent presque tous les espagnols, près de 25 personnes.
    Les faits parvinrent aux oreilles de Carlos II, roi de Navarre, et de Gaston III de Foix (Gaston Fébus ou Phœbus), vicomte de Béarn qui firent organiser une réunion à Ansó à laquelle participèrent les évêques de Jaca, Pamplona, Oloron et Bayonne. Mais ces efforts pour ramener la paix furent vains et les affrontements entre Roncalais et Barétounais s'intensifièrent jusqu'à la bataille d'Aguincea où 53 espagnols et 200 français périrent. Ayant subi de lourdes pertes, les barétounais rendirent leurs armes et assurèrent qu'ils se soumettraient à l'arbitrage d'Ansó.

    La carta de paz (charte de paix) ou sentencia arbitraria (sentence arbitrale) du 16 (ou 13) octobre 1375 entre les vallées espagnole de Roncal de française de Barétous précise en préambule que se réunirent dans l'église Sant Per ou San Pedro (Saint Pierre) à Ansó les procureurs et conseillers de Roncal et les hommes bons de Barétous, désignés par les communes avec autorisation  préalable du 28 juillet et du 18 août de Carlos II, roi de Navarre, et Gaston III de Foix (Gaston Fébus ou Phœbus), vicomte de Béarn,
    Tous les différends survenus entre les deux vallées furent remis à l'alcalde (maire) de Ansó, Sancho Garcia, assisté de cinq hombres buenos ( hommes bons) de sa commune, désignés en tant qu'arbitres chargés de règler les conflits.
    Pour bien de paix et de concorde, pour éliminer haines, rancoeurs, mauvaises volontés, dommages, dépenses, intérêts, préjudices, morts, heurts, luttes, déprédations, guerres et désaccords entre lesdites parties.
    Les arbitres reconnaissent les échecs des tentatives d'accord où intervinrent les évêques, chevaliers et commissaires du roi de Navarre et du vicomte de Foix. Leur première action fut de monter au port d'Arlas pour fixer les limites de la frontière en présence de cinq hommes de chaque vallée, déclarant que la Piedra de San Martin (Pierre de Saint Martin) était la limite entre Roncal et Aramitz (Aramits). Ils examinèrent les sources et limites où étaient localisés les désaccords.et à partir de là ils délimitèrent les autres cols et sommets. Suit la sentence réglementant l'usage des pâturages pour ceux d'Arette, dont les troupeaux de grand et petit bétail entreront le 10 juillet et pour 28 jours pour s'abreuver aux sources de ces endroits. Ensuite viendront paître les troupeaux de la vallée de Roncal jusqu'au jour de Noël. L'eau pouvant être utilisée librement pour boire ou pétrir le pain.
    De lourdes peines sont établies pour les transgresseurs, de carneramiento (ce mot n'est plus usité en Espagne tout comme son correspondant français, carnalement, qui signifiait saisie et abbatage de bétail) et d'amendes de 300 sueldos morlanes (le sol morlan était une monnaie béarnaise battue ou frappée au château de la Hourquie à Morlaàs). Si le fautif ne pouvait pas payer l'amende, elle sera à la charge de la commune.   
    Dans les dépositions, il y a des témoignages de personnes crédibles signalant, que les barétounais avaient la coutume de donner trois vaches de deux ans chacune et sans tache, chaque année el cuatreno día empues de la fiesta de Setem Fratrum (le quatrième jour après la fête des Sept  Frères martyrs - qui se fête le 10 juillet -) et alternativement aux communes de Isaba, Uztárroz, Garde et Urzaingui. Certains témoignages disant que c'était por las muertes (pour les pertes humaines) provoquées par les barétounais et les autres témoignages disant que c'était pour pouvoir prendre l'eau et abreuver leur bétail aux dites sources. Les arbitres prononcèrent et ordonnèrent par sentence que lesdits barétounais donnent et payent chaque année perpétuellement les dites trois vaches de deux ans chacune et sans tache à ladite piedra de Sant Martin (pierre de Saint Martin), et en raison des grands préjudices qui ont eu lieu entre les deux vallées dans le passé la sentence ordonne le pardon mutuel en raison des grands dommages et por las muertes (pour les pertes humaines) qui se sont produites dans les deux vallées dans le passé, évitant de payer quoi que ce soit et libérant pour cette présente année les barétounais de la livraison des vaches qu'ils devaient.
    Les prisonniers qui sont retenus dans la vallée contraire, seront mis, deux pour chacun, à la disposition des arbitres. Ces derniers imposent une trève pour cent un ans, qui est la même que si elle était perpétuelle. De plus, ils nomment pour dix ans les carneadores (personnes chargées de saisir et d'abattre le bétail trouvé hors la loi), quatre de Isaba et autant d'Arette.

    Cette sentence arbitrale a eu le mérite de ramener la paix entre Roncalais et Barétounais. Les documents de cet accord furent brûlés dans le terrible incendie du 27 septembre 1427 qui détruisit une grande partie d'Isaba, ainsi que l'église dans laquelle ils étaient déposés. Pour remplacer ces documents, des copies en furent faites en 1433.

    En 1450, 5000 têtes de bétail furent prises en gage par les roncalais avec une réplique similaire des Barétounais.

    En 1635, en pleine guerre de trente ans (1618-1648), Francisco de Andía Irarrazábal y Zárate virrey (vice-roi) marqués (marquis) de Valparaíso organisa une expédition dans la vallée de Barétous pour capturer un peu plus de 4000 têtes de petit bétail et environ 800 têtes de grand bétail qui furent réparties en huit lots, dont deux pour Isaba. Les barétounais prirent leur revanche, argumentant qu'il était interdit aux roncalais de monter les troupeaux aux ports, ils réussirent à saisir environ 5000 brebis et béliers et 80 têtes de grand bétail, en plus de les dépouiller de ce qu'ils portaient, chapeaux, capes, argent..., pains et fromages. Quelques pasteurs furent roués de coups et quatre furent ramenés comme otages à Oloron où ils furent retenus deux ans avant d'obtenir leur libération.

    Les actions de capture de bétail, par les barétounais, se répétèrent deux fois en 1638 et les roncalais firent la même chose l'année suivante et en 1642. Les conflits avaient repris sans faire de morts. Les ansotanos (habitants de Ansó) furent une nouvelle fois sollicités pour servir d'arbitres. Après plusieurs entrevues à Sainte-Engrâce, un concorde est réalisé le 22 août 1642 par lequel l'ancienne carta de paz (charte de paix) de 1375 restait en vigueur. Les roncalais durent payer une amende de 11000 francs pour récupérer leurs troupeaux.

    Lors du tributo de las tres vacas (tribut des trois vaches) de 1755, les roncalais refusèrent une des vaches qui ne correspondait pas au tribut car elle était tachée, petite et de mauvais pelage. Dans les trois jours qui suivirent, le 15, les barétounais livrèrent la res (la bête) sur la place d'Isaba et tout rentra dans l'ordre.

    Le Traité pour déterminer la frontière depuis l'embouchure de la Bidassoa jusqu'au point où confinent le Département des Basses-Pyrénées, l'Aragon et la Navarre, signé à Bayonne le 2 décembre 1856, précise dans son article 13::
    "Considérant que les faceries ou les compascuités perpétuelles de pâturages entre les frontaliers de l'un et de l'autre Pays ont été souvent préjudiciables au repos et à la bonne harmonie sur la frontière, il est convenu que les contrats de ce genre qui existaient autrefois ou qui existent encore aujourd'hui, en vertu d'anciennes sentences ou conventions, demeurent abolis et de nulle valeur, à dater du 1er janvier qui suivra la mise à exécution du présent Traité; mais il est expressément convenu que les faceries perpétuelles qui existent en ce moment de droit et de fait entre la vallée de Cize et Saint-Jean-Pied-de-Port en France et celle d'Aescoa en Espagne, et entre les habitants de Baretons en France et ceux de Roncal en Espagne, en vertu des sentences arbitrales de 1556 et de 1375 et des sentences confïrmatives postérieures, continueront, pour des motifs qui leur sont particuliers, à être fidèlement exécutées de part et d'autre."
    La Convention additionnelle à ce Traité (entrée en vigueur le 1er avril 1859 par l'échange des instruments de ratification, qui a eu lieu à Paris) précise dans son Annexe III relative aux deux faceries perpétuelles maintenues par le Traité:
    "ENTRE BARETONS ET RONCAL
        Art. 1er. A partir du 10 juillet de chaque année, les troupeaux de toute espèce de la vallée de Baretons auront le droit de jouir librement, pendant vingt-huit jours de suite, des herbes et des eaux des territoires d'Ernaz et de Leja, connus sous le nom de Port d'Arlas, à condition de ne pouvoir parquer ni gîter de nuit dans lesdits territoires, étant tenus au contraire de rentrer pour passer la nuit dans leurs propres limites. Cet espace de temps écoulé, et dès le jour suivant, les troupeaux de Roncal auront le droit de jouir librement desdits pâturages jusqu'au 25 décembre, de la même façon que ceux de Baretons, c'est-à-dire de soleil à soleil, et à la charge de se retirer chaque soir sur leur propre territoire pour y aller parquer et gîter la nuit.
    Ni les uns ni les autres troupeaux ne pourront pénétrer, sous aucun prétexte, sur le terrain de la facerie, en dehors des époques qui leur sont respectivement assignées. Les pasteurs des deux vallées auront néanmoins la faculté d'aller en tout temps prendre de l'eau aux fontaines et aux sources pour les usages ordinaires de la vie.
        Art. 2. Pour veiller à l'accomplissement des conditions de cette facerie, chacune des deux parties intéressées nommera des gardes qui seront seuls investis du droit de faire des saisies en cas de contravention. Ces gardes prêteront serment devant leurs autorités respectives, et foi entière devra être ajoutée, jusqu'à preuve contraire, à toutes leurs déclarations en ce qui concerne l'exercice de leurs fonctions.
    Les gardes,français, afin d'être admis à déposer comme tels devant l'alcade d'Isaba sous la juridiction duquel se trouve placé le territoire de la facerie, auront également à prêter serment, lèrs de leur nomination, entre les mains de ce même alcade.
        Art. 3. Les municipalités intéressées pourront, d'un commun accord, maintenir les peines établies anciennement contre les infracteurs, ou les modifier de la façon qu'elles jugeront convenable.
        Art. 4. Tous les ans, le 13 juillet, les maires et alcades des communes qui ont part à la facerie se réuniront près de la borne de Béarn ou Pierre de Saint-Martin pour traiter de tout ce qui concerne ladite facerie, et procéder à la perception des amendes encourues par les infracteurs.
        Art. 5. Le même jour et dans le même lieu, les habitants de Baretons sont tenus, conformément à un antique usage, de remettre aux représentants de la vallée de Roncal trois génisses sans défaut, de deux ans chacune.
    "

    Le procès-verbal d'abornement, qui constitue l'annexe V de la Convention additionnelle au Traité, précise avoir placé les repères internationaux:
        "261. A 1 400 mètres du signal précédent, croix taillée dans une roche presque verticale, au col de Léché ou Leja.
    De là à la pierre de Saint-Martin, la frontière va en ligne droite et se confond presque avec le chemin au Nord duquel il y a trois petites croix sans numéro, servant de repères de délimitation.
        262. A 530 mètres du signal antérieur, dans le col et à un mètre de la pierre de Saint-Martin qui est à 640 mètres à l'Est du sommet de Léché et à 1 260 à l'Ouest du pic d'Arlas.
    Quoique le chemin qui va du Férial d'Eraïsé à la pierre de Saint-Martin soit en partie sur le territoire espagnol, il a été convenu qu'il serait considéré comme s'il était sur la frontière, quant aux conséquences résultant des stipulations de l'article 12 du traité.
    Depuis la pierre de Saint-Martin, la limite suit la ligne des crêtes qui passe par le pic d'Arlas et la montagne de Mourlon jusqu'à Agnalarra.
        263. Croix sur la roche de Mombélia, à 340 mètres de la borne qui précède, et à 200 au Nord des trois croix de Mombélia, sans numéro, qui marquent en ce point la limite de la facerie de Arlas.
    "

    Les faces et les tranches de la borne frontière numéro 262 sont gravées:
    - La face côté français est gravée "+ PIERRE 262 ST MARTIN 1858". 1858 correspond à l'année de l'abornement qui a été consigné dans le procès-verbal d'abornement contenu dans la Convention additionnelle du 28 décembre 1858 au Traité de délimitation du 2 décembre 1856.
    - La face côté espagnol est gravée "+ 262 PIEDRA ST MARTIN 1858".
    - La tranche Ouest côté route est gravée "HULOT". Pierre-Gustave, Baron Hulot (HULOT), capitaine d'état-major; assistait les Plénipotentiaires de France lors de l'abornement réalisé en 1858.
    - La tranche Est côté opposé à la route est gravée "PES TEVAN". Pedro Estevan (P ESTEVAN), Commandant de Cavalerie, assistait les Plénipotentiaires d'Espagne lors de l'abornement réalisé en 1858.



    La Junte de Roncal et le Tribut des trois vaches

    La sentence arbitrale de 1375 entre les vallées espagnole de Roncal et française de Barétous, donne lieu le 13 juillet de chaque année à la célébration de la Junte de Roncal (Junta de Roncal pour les espagnols) au col de la Pierre Saint-Martin (collado de Ernaz ou Arnaz ou encore Hernaz pour les espagnols) où est renouvelé l'accord de paix entre les deux vallées. C'est le plus ancien traité d'Europe encore en vigueur. La célébration se déroulait près de la pierre de Saint Martin (piedra de San Martin pour les espagnols) aujourd'hui remplacée par la borne frontière numéro 262. La coutume de livraison des trois vaches ou Tribut des trois vaches (Tributo de las tres vacas pour les espagnols) était pratiquée bien avant l'application de cette sentence arbitrale.

    En 1571, le chroniqueur historien de Guipuzcoa Esteban de Garibay fit une description de la cérémonie de la fameuse junte annuelle qui a lieu selon lui le 13 juin (c'est une erreur car elle eut lieu le 13 juillet). En 1640, dans son ouvrage "Histoire de Béarn", Pierre de Marca, historien et Président du Parlement de Navarre reprend et commente la description de la cérémonie faite par Garibay:
    "Ce qui regarde la Vallée de Baretons est digne d'estre representé en ce lieu, d'autant plus que Garibai le descrit avec quelque force de vanité prenant là sujet de discourir, à plaisir, en faveur de ceux de la Vallée de Roncal en Navarre, comme s'ils exigeoient un tribut annuel des François, en reconnoissance de quelque subiction. Les Hidalgues de la Vallée de Roncal, dit-il, sont si recommandables en leurs exploists de guerre, qu'ils ont toujours gagné de l'honneur avec leurs ennemis, et pour cela ont obtenu des privileges, et des exemptions plus grandes que les autres Navarrois, et levent encore auiourd'hui un tribut annuel sur les François. Et en suite il represente ce qui se passe chasque année entre ceux de Roncal, & ceux de la Vallée de Baretons. Ce qui revient sommairement à ceci. Le treisiesme du mois de Iuin, les Iurats des sept communautés de Roncal, s'assemblent avec sept Iurats  un Notaire de la Vallée de Baretons, sur le coupeau des Monts Pyrenées, à la frontiere de Bearn en un lieu nommé Arnace, où il y a une pierre haute d'une toise & demie { c'est une erreur car Garibay parle d'une pierre "de vara y media de alto" (en Guipuzcoa une vara = 0,837 mètre et en Navarra une vara = 0,785 màtre) soit environ 1,20 mètre de hauteur ], qui sert de borne & limite aux deux Royaumes. Les deputés estans chascun en sa terre, sans s'estre salüés ni bienveignés auparavant, ceux de Roncal demandent aux Bearnois, s'ils veulent iurer à l'accoustumée les conditions de la paix; lesquels y consentans, les Roncalois repliquent, & disent aux Bearnois, qu'ils estendent leur pique à terre, tout le long des limites, pour figurer la Croix sur laquelle se doit faire le serment. Ce que les Bearnois executant de leur part, les Roncalois abatent aussi leur pique, & la couchent sur celle des Bearnois, le fer traversant du costé de Bearn, pour figurer la sommité de la Croix. Les Bearnois et Roncalois agenoüillés, mettent conioinctement leurs mains, sur ces deux piques entrelassées en forme de Croix. Estans en cette posture, le Notaire de Baretons reçoit leur serment solennel sur cette Croix, & sur les Evangiles, de garder & observer toutes les pactions & conditions accoustumées, suivant les titres & documens qui ont esté epediées sur ce sujet. A quoi ils respondent, disant cinq fois à haute voix, Paz abant, c'est à dire, que leur paix continuëra doresnavant. Ce fait, les deputés se levent, se saluënt, parlent, & communiquent ensemble, comme bons amis et voisins: A mesme temps sortent d'un bois, trente hommes de Baretons divisés en trois bandes, qui conduisent trois vaches choisies, & sans tare, qui sont de mesme aage, de mesme poil, & de mesme marque. Estans arrivés à la frontiere des Royaumes, les Bearnois font avancer l'une des vaches, en telle force qu'elle à la moitié du corps sur la terre de Navarre, & l'autre sur la terre de Bearn: laquelle est reconnuë par les Roncalois, pour sçavoir si elle est conditionnée suivant les accords; Il la retirent apres devers eux, & la tiennent sous bonne et sevre garde; d'autan que si elle eschapoit, & revenoit en Bearn, la Vallée de Baretons n'est point obligée de la rendre; suivant le mesme ordre on fait la delivrance des autres deux vaches. En suite les Rocalois traitent ceux de Baretons, de pain, de vin, & de jambons, et tout le reste de la iournée les Bearnois tiennent un marché ouvert de bestail, dans une prairie, qui est du costé de Bearn. Desta manera, conclud Garibai; los Franceses dan cada anno tributo à los Roncaleses. Suivant son conte, ce seroit un tribut, qui rapporteroit à celui que les Saxons domtés par Charlemagne, lui payoient annuellement, de douze vaches, que les Historiens nomment Vaccas Inferendales.

    Mais ceux de Baretons expliquent cette affaire d'une autre façon, à la honte & confusion des Espagnols. Car ils disent, & asseurent, que ci - devant les Roncalois ayans voulu faire un effort sur la Vallée de Baretons, & en effect ayant par surprise pillé & brusle quelque village, les habitans indignés de cet affront s'atrouperent, & coururent sus à ces entrepreneurs, qui voulans faire leur retraicte trouverent les passages des montagnes fermes, & les Bearnois qui les battoient de toutes parts, en telle force qu'ils les tuerent tous,sur la place; laquelle est encor auiourd'hui reconnuë, par tous ceux qui passent le destroit de cette montagne; d'autant qu'ils ont accoustumé de ietter une pierre sur le monceau, avec des termes de mépris des Roncalois; à l'exemple de ce que pratiquoient les anciens Iuifs, voire les Payens apres eux, qui iettoient des pierres sur les tombeaux des personnes diffamées pour leurs malefices. Apres cet eschec receu par les Roncalois, on moyenna une paix eternelle entre ces voisins, & pour la mieux affermir on establit le serment solennel sur la Croix des piques entrelassées. Et pour la reparation civile du meurtre, on condamna ceux de Baretons, à payer aux Roncalois les trois vaches, qui estoient estimées en ce temps dix sols Morlas chascune, & partant la valeur des trois revenoit à trente sols Morlas, qui est l'interest des trois cens sols Morlas, deux pour l'amende coustumiere. En l'année 1360, la continuation de ce payement ayant esté refusée, il intervint sentence arbitrale autorisée par le Roi de Navarre, & par Gaston Phoebus Seigneur de Bearn, qui confirma l'ancien usage; apres avoir receu la déposition des tesmoins de part & d'autre; qui estoient differens sur le sujet de ce payement, les uns disans que c'estoit à raison des fontaines, les autres à raison des meurtres: sur quoi les arbitres prononcent que le payement sera continué soit por muertes, o por fuentes, comme ils parlent, sans que l'on face aucune mention de tribut. Ce qui fait voir que cette pretention de redevance & de tribut, pour raison de quelque conqueste des Roncalois est une pensée nouvelle, qui est contraire aux titres des parties.
    "

    En 1893, un article intitulé "Une vieille Coutume dans les Pyrénées" paraît dans Le Petit Parisien numéro 233 du dimanche 23 juillet 1893 et dont le dessin d'illustration est en première page (il représente le serment de paix prêté par les délégués des vallées de Baretous et de Roncal au-dessus de la borne frontière qui porte par erreur le numéro 272 à la place de 262):
        "Depuis plusieurs années, les journaux des Basses-Pyrénées s'élèvent contre une vieille coutume qui est encore observée sur un point de ce département et qui, à juste raison, est considérée comme humiliante pour notre pays.
        Cette coutume que l'on voudrait voir disparaître est fondée sur la croyance que " le meurtre commis par les habitants d'un village ou d'un canton sur les sujets d'un canton voisin doit peser perpétuellement sur les descendants des criminels ". C'est comme on voit, l'unique loi de fatalité dont on charge toute une population. On la rend responsable d'un crime comme par ceux qui l'ont précédée.
        Au treizième siècle, la vallée de Baretous, dans le Béarn, et celle de Roncal, en Espagne, vivaient en complète inimitié. Il paraît qu'un jour les habitants de Baretous surprirent des Roncalais non armés et les tuèrent. A la suite de ce fait, les meurtriers et leurs descendants furent condamnés à payer perpétuellement un impôt aux habitants de la vallée de Roncal, ce qui s'est fait depuis avec une ponctualité qui prouve à quel point les traditions sont encore respectées par les montagnards pyrénéens.
        Le paiement de cet impôt du sang s'effectue le 13 juillet de chaque année.
        Ce jour-là, les habitants de la vallée de Baretous se rendent à sept heures de marche d'Osse, non loin du pic d'Arlas, au col de la Peyre-Saint-Martin. De tous côtés, on se hâte vers le rendez-vous. Les maires et les délégués des communes d'Arette, de Lanne, d'Aramits et d'Issor font partie du cortège. On s'arrête à la limite du département des Basses-Pyrénées, devant la borne-frontière.
        De leur côté, les Espagnols arrivent en grand nombre.
        C'est le maire d'Isaba qui joue le rôle de justicier.
        Il a revêtu le chaperon noir au liseré rouge et une grande collerette en forme de rabat; il porte fièrement son chapeau rond.
        A côté du maire d'Isaba, se tiennent les maires des paroisses d'Astaquoz, d'Ursainqui et de Garde; ils sont accompagnés d'une suite nombreuse, dans laquelle se trouvent les délégués de Conseil général de la vallée de Roncal.
        Un piquet de gardes armés complète cet ensemnle.
        Il est neuf heures quand commence la cérémonie dont les détails sont fixés par un document datant de 1375,selon mention faite au procès-verbal. Aussitôt, les maires français ceignent leurs écharpes; les maires espagnols, se détachent du groupe de leurs compatriotes, s'avancent alors vers la borne-frontière, accompagnés d'un paysan porteur d'une lance ornée d'une flamme rouge, - symbole de la justice, - et viennent s'aligner à six mètres de la frontière. Les maires des villages français font de même sur notre territoire, ayant également devant eux un paysan qui porte à sa lance une flamme blanche, signe de leurs dispositions pacifiques.
        Le maire d'Isaba leur crie : " Voulez-vouis la paix ? "
        Les maires français répondent affirmativement et, comme preuve de la sincérité de leur déclaration, ils font coucher leur lance sur le sommet de la borne, dans la direction de la ligne frontière. Cela fait, les Espagnols plantent leur lance dans notre sol, contre la borne, puis la placent de manière à former une croix avec la lance française. Alors, le maire d'Arette vient tendre une de ses mains sur la croix ainsi faite, et le maire d'Isaba agit de même; ils prononcent la formule du serment, que tous jurent d'observer.
        Après ce serment, le maire d'Isaba crie trois fois : " Paz davans ! ", ce qui signifie : " Paix à l'avenir ! "
        La paix est donc de nouveau conclue, et, pour ratifier leur abandon de toute vengeance, les Roncalais donnent l'ordre aux gardes de décharger leurs armes du côté de la France.
        La cérémonie terminée, il ne reste plus qu'à payer l'impôt du sang; il consistait jadis en trois cavales blanches exactement semblables, mais la difficulté de les réunir leur a fait substituer trois génisses sans tache, de même poil et de même marque.
        Ces trois génisses valent environ six cents francs, ce qui est un prix considérable pour la région.
        Après la réception de l'impôt du sang, le notaire de Roncal dresse un procès-verbal, qui est signé à la ronde; puis, on dine en commun aux frais des Roncalais, qui peuvent bien,  après un tel tribut encaissé, offrir cette politesse.
        Si l'on ne connaissait l'origine d'une telle cérémonie, on n'y verrait qu'une sorte de fête de paix organisée chaque année entre deux populations qu furent jadis en guerre l'une contre l'autre; mais il est impossible de lui enlever son véritable caractère, et il faut bien avouer que l'on y voit des Français jouer le rôle peu brillant de gens allant faire amende honorable devant des étrangers.
        Dans cette cérémonie de la Peyre-Saint-Martin, nos montagnards pyrénéens sont des coupables qui réparent un crime. Mais ce crime, l'ont-ils commis réellement, comme le disent les traditions populaires qui ont conservé la vague notion d'un massacre commis par des gens de Baretous sur des habitants de Roncal ? En tous cas, n'est-il pas monstrueusement ridicule de faire payer à des hommes de notre temps la dette non seulement morale, mais matérielle d'une faute qui remonte à plusieurs siècles ?
        Les Espagnols paraissent dans la cérémonie comme des justiciers; eux seuls sont armés; ils commandent dans leur langue, dont les Français doivent se servir; ils ont leur notaire et leurs témoins; aucune copie ou traduction du procès-verbal n'est remise aux Français.
        Il importe de dire, pour qu'on puisse bien juger cette coutume séculaire, que les deux vallées de Baretous et de Roncal étaient, de 1479 à 1512, soumises au même souverain, d'abord la maison du Fort, puis la maison d'Albret. Il n'était pas question alors de Béarnais et de Navarrais, de Français et d'Espagnols; l'idée de patrie ne dépassait guère en ce temps les limites des vallées pyrénéennes. Mais, à l'heure qu'il est, ces rapports ne sont plus les mêmes, et il y a au moins quelque étrangeté à voir ces maires d'Espagne traiter de paix et de guerre comme dans une scène d'opéra-comique.
        Ce qu'il y a de certain, c'est que les habitants de la vallée française demandent la suppression d'une coutume qui leur pèse à double titre, d'abord parce qu'elle est humiliante, ensuite parce qu'elle leur coûte de l'argent. On leur avait bien conseillé de s'en affranchir puremeny et simplement, mais ils redoutent, paraît-il, s'ils ne s'acquittaient point de leur impôt annuel, d'être exposés à toutes sortes de vexations de la part des habitants de la vallée de Roncal. La question a donc été portée devant le gouvernement.
        Il est bien clair que notre Ministre des Affaires étrangères aura vite fait de s'entendre avec les autorités espagnoles pour mettre fin à une coutume vieille de plusieurs siècles et dont il n'est pas difficile de démontrer le caractère inique, et il est à espérer que c'est pour la dernière fois, cette année, que l'impôt du sang aura été payé par la vallée de Baretous à la vallée de Roncal.
    "

    Le 13 juillet 1895, Fernand Butel et un ami, accompagnés d'un guide, se rendent au col d'Arlas. Dans un article intitulé "LA JUNTE DE BARETOUS ET DE RONCAL" paru dans la Semaine des Familles du 17 août 1895, il raconte cette journée dont voici quelques extraits:
        "Il était huit heures et demie du matin quand nous atteignimes le col. Le soleil déjà haut commençait à éclairer le fond de la gorge, où se délassaient, étendus sur le sol, de nombreux groupes de montagnards. Berthoumiou nous montra les maires des six communes de Barétous, qui causaient gravement tout près de la frontière. ...
        Presque au même moment on vit déboucher au sud, du côté du port d'Hernaz, un groupe d'une cinquantaine de personnages que leurs larges ceintures, la petite veste et le mouchoir roulé autour du front désignaient assez pour des Navarrais. En tête s'avançaient, aussi majestueusement que possible, les alcades d'Isaba, d'Urzainqui, de Gardé et d'Ustarroz et les délégués de la vallée de Roncal. Quelques carabineros armés les escortaient.
        Il ne fallait pas moins que l'étrangeté d'un tel concours de gens dans cette gorge sauvage pour distraire nos yeux de la contemplation de l'horizon dont nous voyions, depuis l'aurore, se varier à chque instant les contours. Les pics neigeux apparaissaient dans les trouées aveccette netteté de formes qu'ils revêtent dans la pure atmosphère des premières heures matinales. De grands aigles tournoyaient au-dessus de nous, comme étonnés d'avoir été dérangés dans leur solitude.
        Mais attention ! A neuf heures précises, l'alcade d'Isaba, président de la junte, vient de se détacher du groupe roncalais et marche vers la borne frontière. D'un geste de véritable hidalgo, il impose le silence. Français et Espagnols, sur deux rangs parallèles, reculent à une distance de six pas, de chaque côté de la pierre Saint-Martin.
        L'alcade, resté seul, revêt un manteau de cérémonie en étoffe légère, agrémenté d'une collerette blanche, pendant que les Espagnols déploient la bannière de la vallée de Roncal, portant l'écu d'azur, " au pont de trois arches d'or, orné en chef d'une tête de roi maure, d'un château fort et d'un lévrier ".
        La tête coiffée du sombrero, tenant en main la vare de justice, l'alcade élève la voix et pose en espagnol aux maires français la question suivante:
        " Etes-vous venus ici pour observer  les traditions et payer le tribut des trois vaches à la vallée de Roncal ?
        - Si señor ! " répondent-ils à haute voix et sans hésiter.
        Trois fois de suite, même interrogation, même réponse.
        A ce moment quatre carabineros et deux gardes s'avancent vers nous et couchent en joue la frontière française.
        Personne ne broncha. Seuls les maires français se ceignent les reins de leur écharpe, et, se rapprochant de la pierre Saint-Martin, étendent à terre, aussi exactement que possible, sur la ligne même qui divise idéalement les deux pays, une lance ornée d'une flamme blanche.
        Immédiatement le secrétaire de la junte vient placer sur la lance française une autre lance à flamme rouge. Il la retire, la brandit un instant et la fiche dans notre sol d'un geste assez insolent. Puis il la ramène sur la lance barétousaine, de façon à figurer une croix.
        Je ne pus m'empêcher de regarder Edouard avec un certain sentiment de malaise. Il sourit et ramena mes yeux vers la pierre.
        Sur la croix formée par les deux lances va se prononcer un serment solennel. Et quel serment ? Tout simplement un traité de paix entre deux peuples. Le maire d'Arette place la main droite au-dessus des lances, un Roncalais lui succède, puis un Français, et ainsi de suite, de telle sorte qu'il y ait quinze mains superposées. La dernière est celle de l'alcade d'Isaba, qui étend sur cet échafaudage sa vare de justice, en prononçant trois fois ces mots, répétés à haute voix par toute l'assistance:
        " Paz avant ! (paix désormais !)
        - Fuego ! (feu !) ", commande aussitôt l'alcade; et les fusils, demeurés en joue depuis le commencement de la cérémonie, détonent avec fracas, en éveillant quelques vols de noirs corbeaux.
        Décidément la chose me parut de mauvais goût. Je vis que beaucoup d'assistants français avaient rougi sous le hâle, malgré l'habitude qu'ils devaient avoir de la cérémonie. On jetait de mauvais regards du côté des Espagnols.
        Au reste, l'irritation n'eut pas le temps de se manifester; des hommes de Barétous amenaient les trois vaches qui, d'après l'usage séculaires, devaient être payées en tribut par la vallée française à ses voisins de Roncal. Ces trois vaches, ornées de rubans, doivent avoir deux ans, être saines et sans tache. Un vétérinaire espagnol les examine et décide si elles doivent être agréées. Ajoutons que, le plus souvent, pour éviter les droits de douane, les Roncalais les revendent à celui qui les a fournies.
        Procès-verbal est ensuite dressé pour constater la remise et la réception du tribut.
        Cela fait, l'espèce de gène qui régnait, il faut bien le dire, depuis le début de la scène, se dissipa vite. L'alcade d'Isaba, retirant son manteau et son rabat, redevint un alcade gentil et plein de prévenance, qui, s'approchant de nous, invita les notables de Barétous, auxquels on nous fit l'honneur de nous joindre, à partager le déjeuner des Espagnols.
        Nous ne crûmes pas pouvoir refuser, et, après une rapide descente de cinq minutes, du côté du sud-est, nous étions installés au fond d'un petit cirque, au pied de quelques sapins rabougris.
        Au-dessus d'un superbe brasier gigotaient plusieurs quartiers de mouton embrochés dans une fourche de bois. A deux pas, un gros Roncalais aux mains luisantes surveillait le contenu d'un mystérieux chaudron, qui rappelait par ses dimensions celui des sorcières de Macbeth.
        D'assiettes, point; quelques privilégiés reçoivent une fourchette et chacun est invité à se servir. Parlerai-je du menu ? A quoi bon décrire nos sensations en voyant sortir du chaudron des morceaux de mouton cuit avec des escargots dans une sauce gluante ! ... En mangeâmes-nous ? Certes oui; et vous eussiez fait de même si vous aviez été, comme nous, à 2.000 mètres d'altitude, l'estomac creusé par dix heures de grand air. Je remarquai le soin avec lequel nos hôtes roncalais, pour ne rien perdre, se plaçaient au-dessus du chaudron pour mordre dans leur morceau, de façon que la sauce revint à sa source par la verticale. A la bonne heure ! Voilà des gens prévoyants.
        Le vin coulait abondant des outres navarraises. Au bout d'une heure on chantait, on dansait, on se jurait avec force hourrahs une éternelle amitié.
        Mais il n'est si bonne compagnie qui ne se quitte. Quelques coups de fusil des carabineros annoncent le moment du départ, et chacuin se met en devoir de dégringoler son versant.
    "
    Fernand Butel termine son article le 24 août 1895, "en redescendant les pentes d'isseaux" il apprend par son guide que pour le tribut des trois vaches:
        "... les Barétousains étaient condamnés, pour avoir usé de représailles trop cruelles, à payer perpétuellement à leurs adversaires un tribut de trois juments blanches. Plus tard, devant la difficulté de se procurer de tels animaux, la redevance fut convertie en trois vaches "de même poil et de mêmes cornes.
    Il conclut par:
        "En tout cas, s'il parait juste de compenser par une redevance la jouissance de pâturages étrangers, si le paiement de cette indemnité peut être sans inconvénient entourée de certaines formes solennelles propres à frapper l'esprit du montagnard, toujours amoureux de la tradition, il n'en est pas de même des bizarres et inconvenantes cérémonies qui donnent à la redevance un caractère de vassalité par trop humiliante vis-à-vis de nos voisins les Espagnols.
        Tout cela est non seulement suranné mais inacceptable.
        Au reste il s'opère, en ce moment, un mouvement de réaction contre cet usage; des réunions de protestation ont été tenues dans la contrée; on parle de saisir le parlement de la question.
        La junte de Barétous, au moins dans les parties les plus caractéristiques, semble donc destinée à disparaitre dans un avenir prochain.
        Il nous a paru intéressant d'en fixer une dernière fois le souvenir, avant qu'elle ait rejoint tant d'autres traditions balayées par le torrent de la nouveauté.
    "

    En 1906, dans un article intitulé "Le Tribut Annuel des Basques aux Navarrais" qu'il à écrit et illustré dans le Journal des Voyages numéro 503 du 22 juillet, Paul Kauffmann fait également une description de la cérémonie (avec quelques erreurs) :
    "Au 13 juillet de chaque année a lieu, dans un agreste coin perdu de la frontière pyrénéenne, une petite cérémonie qui jure quelque peu avec les idées modernes, mais constitue par cela même un spectacle bien propre à étonner ceux qui s'imaginent que tout vestige des anciens us a disparu. Nous croyons donc que nos lecteurs nous suivront avec intérêt dans ce petit voyage que nous avons entrepris à leur intention et que nous allons refaire avec eux.
        Pour cela, il nous faut descendre à Argelès, puis continuer jusqu'à Arrens et, de là, avec un guide, nous rendre à pied ou à mulet à travers les gorges et par des sentiers de mulets jusqu'au lac de Suyen à quinze cent vingt-neuf mètres d'altitude. On monte toujours et on arrive aux deux lacs de Prémoulis, à deux mille quarante-quatre mètres. C'est une petite promenade de cinq heures assez fatigante. Puis on traverse à deux mille deux cent quatre-vingt-quinze mètres le col de la Pierre-Saint-Martin où se trouve une des pierres-bornes qui délimitent, en pleine chaîne des Pyrénées, les territoires français et espagnol.  
        Là se trouvent deux vallées, dont l'une, la vallée française de Baretous, est tributaire envers sa voisine la vallée espagnole de Roncal, de trois génisses de même âge et de même pelage dont la remise a lieu solennellement aux Navarrais et, comme nous le disons plus haut, le 13 juillet de chaque année.
        Avant de décrire cette cérémonie, nous devons faire remarquer à nos lecteurs que la vallée française est bien peu favorisée par la nature, le pâturage y est maigre et fort rare, les rochers ne laissant guère entre leurs interstices qu'une légère prébande de verdure, tout au plus même insuffisante à quelques isards égarés, tandis que la vallée voisine espagnole y offre de gras pâturages mieux abrités, qui sont jalousement enviés par les habitants basques de ce côté-ci de la frontière.
        C'est donc une redevance due par les Basques français de la vallée de Baretous à leurs voisins, pour le droit de pacage qui est accordé à leurs troupeaux sur les montagnes espagnoles.
        A ce propos, nous devons mentionner ici une légende qui a surtout cours en Espagne, et d'après laquelle ce tribut représenterait non pas un droit de pacage, mais un impôt de guerre que les Français continueraient à payer depuis le moyen âge, époque à laquelle remontent les luttes terribles qui ensanglantèrent les vallées espagnoles et françaises pendant de nombreuses années. Ce qui est certain, c'est que cette redevance existe depuis des siècles, et que l'origine s'en perd dans la nuit des temps. Il nous a été impossible de nous fixer à ce sujet, aucunes archives dans l'un ou l'autre village les plus rapprochés de la frontière n'en faisant mention. C'est une convention tacite, mais écrite chaque année.
        Quelle qu'elle soit, cette convention, qu'elle se nomme impôt ou tribut, elle n'a rien qui doive émouvoir notre amour-propre national, lequel n'est pas en jeu. Nous ne voyons pas ces trois malheureuses génisses qui n'en peuvent mais, occasionner un échange de actes diplomatiques entre les deux gouvernements. Heureusement que la presse locale des deux pays voisins et amis n'a jamais envenimé la chose et ne le relate plus guère chaque année que comme une cérémonie pittoresque, intéressante et digne d'y attirer quelques touristes infatigables, amateurs de vieux us et d'émotions douces. Le cérémonial qui accompagne la remise de ce tribut aux mains des Espagnols est des plus curieux; Il serait donc, au point de vue du pittoresque, regrettable qu'elles fussent supprimées car chaque année y voit arriver un public plus nombreux venant des stations estivales des Eaux-Chaudes, des Eaux-Bonnes, de Cauterets, etc. L'excursion est superbe et vaut la fatigue du voyage.
        Donc, le 13 juillet dès l'aube, les sentiers des deux vallées silencieuses d'habitude, se peuplent petit à petit de nombreux piétons chargés de provisions. Les maires français des communes de la vallée de Baretous ou leurs représentants, revêtus du sarreau et coiffés du béret, ceints de l'écharpe tricolore, se transportent au Col de la Pierre-Saint-Martin pour y attendre les autorités espagnoles qui doivent y être rendues sur les neuf heures du matin.
        Ces maires sont accompagnés de trois paysans qui tiennent en laisse les trois génisses du tribut, celles-ci de même âge et de même poil. Un quatrième personnage les accompagne tenant à la main une lance à hampe de bois à laquelle est fixée une flamme blanche en symbole de paix. Quelques douaniers français armés d'un revolver pacifique les accompagnent également; quelques fois, un gendarme ou deux ou un garde-champêtre, mais sans aucun mandat officiel. Un certain nombre de curieux dont les sacs regorgent de provisions leur font cortège. Ils tiennent à la main la fameuse maquila, la canne basque que ne quitte jamais le Basque. Quant aux touristes, hommes ou femmes, ceux-ci suivent à distance, qui à pied, qui à mulet.
        Quelques instants après apparaissent les Espagnols sous la conduite de l'alcade ou maire de la commune d'Isaba, représentant de la vallée de Roncal. L'alcade est accompagné de deux de ses collègues de la vallée, d'un paysan porteur d'une lance ornée d'une flamme rouge, d'un autre chargé de recevoir le tribut, et d'autres personnages parmi lesquels sept ou huit pâtres espagnols armés de carabines et revêtus du costume pittoresque de la vallée navaraise. Des carabiñeros (douaniers) encadrent la députation, armés du fusil Mauser.
        Les deux députations échangent alors des saluts courtois, puis l'alcade d'Isaba revêt un costume spécial composé d'une sorte de camail sans manches sur lequel vient s'adapter une collerelle blanche; il est coiffé d'un chapeau rond navarrais. Puis il prend à la main la vare de justice, baguette en bois noir montée en argent, qui est l'insigne des fonctions judiciaires dévolues à l'alcade en Espagne. Ces préparatifs terminés, il se place, encadré par ses deux collègues revêtus de leurs grands manteaux, en face de la borne de délimitation et sur le territoire espagnol. A sa droite suivent les pâtres espagnols, et à la gauche, plus en arrière, les carabiñeros au port d'arme. En face d'eux, de l'autre côté de la borne et sur le territoire français se placent les trois délégués maires de la vallée de Baretous. Un peu en retraite de chacun des deux groupes et face à face se tiennent les deux porteurs de lance. Sur la droite des Français et perpendiculairement; les trois génisses avec leurs gardiens. Un peu partout, à leur gré chacun sur leur territoire, les curieux.
        Se découvrant alors, l'alcade d'Isaba demande en langue espagnole aux délégués français s'ils viennent, " conformément aux antiques usages ", payer le tribut des trois génisses et jurer la paix. Ceux-ci répondent affirmativement en espagnol. Cette constatation faite, les porteurs de lances s'avancent et déposent sur la borne leurs deux armes en forme de croix. L'alcade d'Isaba prend alors la lance espagnole et, par-dessus la borne, l'enfonce dans le sol français , puis la replace de nouveau sur l'arme française en la remettant aux mains du porteur espagnol. Sur cette croix; les délégués des deux pays étendent leur main droite : la paix est jurée. Immédiatement après, il est procédé à la livraison des trois génisses qui sont tout d'abord examinées par un vétérinaire espagnol, puis remises en territoire espagnol à leurs nouveaux gardiens.
        Pendant cette cérémonie, les pâtres espagnols n'ont cessé un seul instant de faire parler la poudre, et les échos rocheux répètent en un roulement continu les salves répétées qui ne cessent qu'après épuisement de munitions.
        L'alcade fait ensuite annoncer qu'il va recevoir les réclamations et les plaintes que les bergers des deux vallées auraient à formuler. Il les juge sans appel. Mais nous devons ajouter que le plus souvent, aucune réclamation ne se produit. La cérémonie se termine par la nomination des gardes chargés de faire respecter les limites des deux territoires. Cette nomination est faite, aussi bien pour les Français que pour les Espagnols, par l'alcade qui reçoit leur prestation de serment, pendant laquelle le garde, étendant la main, baise l'extrémité de la vare de justice tenue par l'alcade. A ce moment, ce dernier remet aux délégués français un reçu de la remise du tribut, et le notaire fait signer l'acte authentique constatant l'accomplissement de la cérémonie d'après les anciens usages.
        La cérémonie est terminée, mais non pas la fête qu'achève un repas donné sur le territoire espagnol et auquel sont conviés les délégués français. Ce diner est des plus pittoresques : il a lieu au fond d'une gorge rocheuse, et le menu consiste en un ragoût de mouton préparé en plein air dans une marmite énorme en cuivre et où chacun pique son morceau et sauce de son pain. Tout près de là, un demi-mouton fiché sur une branche, tourne au-dessus d'un feu de braise et constitue le deuxième service.
        Les vins espagnols arrosent ce banquet qui se termine par des chants du pays et des danses locales, au milieu desquels Espagnols et Français ne songent pas à se demander si le tribut qui a été l'occasion de cette fête est payé suivant les anciennes expressions " pour les herbes ou pour le sang ".
        Vers le milieu de l'après-midi, la gorge se dépeuple et rentre dans le silence et dans le calme éternels.
    PAUL KAUFFMANN.
    "
    La vallée de Barétous est une vallée béarnaise et non basque comme le signale Paul Kauffmann dans le titre de son article. L'itinéraire qu'il décrit pour se rendre au col de la Pierre Saint-Martin est celui du Port de la Peyre Saint-Martin dans le val d'Azun en Bigorre. Les illustrations réalisées par lui-même pour son article comportent une erreur sur le numéro de la borne frontière qui porte le numéro 272 à la place du 262. Paul Kauffmann s'est-il bien rendu sur place pour assister à cette cérémonie ?... Pourtant, on notera que sa description de l'événement est très précise.

    De nos jours, les maires des six communes de la vallée de Barétous, Ance, Aramits, Arette, Féas, Issor et Lanne-en-Barétous, avec l'écharpe tricolore portée en bandoulière, et de quatre communes de la vallée de Roncal, Garde, Isaba, Urzainqui et Uztárroz, en habit roncalais traditionnel, se rencontrent toujours le 13 juillet au col frontière de la Pierre Saint-Martin sous la présidence de l'alcalde (maire) d'Isaba pour célébrer la junte de Roncal et y signer les accords de paix, mais les pratiques humiliantes comme la mise en joue, par les carabiñeros (carabiniers) espagnols, du versant français de la frontière avec tirs de salves, la pose des lances en forme de croix avec piquage du sol français par la lance espagnole et le baisement de l'extrémité de la vare de justice, ont disparu du cérémonial.
    Le "Paz avant" prononcé trois fois lors du serment est devenu "Pax avant", formule latine qui mot à mot signifie "Paix avant", à comprendre dans le sens Paix dorénavant.
    La cérémonie se termine par la signature des accords de paix, et la fête continue...

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  • Junte de Roncal ou Tribut des trois vaches, selon la sentence arbitrale entre Baretons et Roncal de 1375
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  • S'il y a un endroit des Pyrénées où la frontière franco-espagnole n'obéit à aucune logique c'est bien celle qui est comprise entre l'Escalé d’Aiguetorte ou Escalé d'Aïgue Torte ou encore port de Gabedaille ou puerto de Gabedaille ou paso de Escalé ou encore paso d'Escalé de Aguatuerta (actuel repère frontière numéro 280 "Croix à l'Escalé d'Aiguetorte, sur un grand rocher vertical, à gauche de la cascade.") et l'immense rocher vertical nommé El Calcinar, sur la rive gauche du corredor (couloir) tubo de la Zapatilla (actuel repère frontière numéro 297 "Au pied de ce rocher, et sur la ligne de partage des eaux, croix faisant face au Nord.").


    La ligne frontière ne suit pas de crête dominante ni de cours d'eau mais elle passe sur des flancs de montagne, quelques fois sur des mamelons et longe parfois la base de falaises.
    Pour corser le tout, il existe de part et d'autre de cette frontière, entre l'Escalé d'Aiguetorte et la Chourrout d'Aspé ou Pas d'Aspe ou encore Paso de Aspe (actuel repère frontière numéro 296 "Croix à la Chourrout d'Aspé, sur l'escarpement vertical de la rive droite du Gave.") un territoire nommé montagne d'Estaès ou d'Estaés ou de Estanés ou encore de Astanés ou d'Estaëns, situé sur le versant septentrional de la ligne d'écoulement des eaux, d'usage commun entre les communes française de Borce et espagnole de Ansó (comarca de la Jacetania).

    En 1234 Jaime 1 de Aragón (Jacques 1er d'Aragon) el Conquistador (né le2 février 1208 à Montpellier et décédé le 27 juillet 1276 à Alcira), fit une donation à Ansó de la montagne d'Estaès ainsi que de la montagne d'Aspé.

    Un arbitrage datant de 1445 donnera le droit aux troupeaux de Ansó de pacager en compascuité avec ceux de Borce dans deux zones situées sur le territoire français contiguës à Estaès ou Estaés ou encore Astanés ou Estanés

    Une facerie datant de 1504 entre Ansó et Borce n'accordera à Borce la jouissance de la montagne d'Estaès ou Estaés ou encore Astanés ou Estanés qu'une seule année sur six.
    La carte de Cassini réalisée au 18ème siècle, précise les "Lac et Mt d'Aistaince" comme étant "Partie Indivis".
    Lors de conflits qui se sont produits en 1859 au sujet de la zone des pâturages de Estanés, Les habitants de Borce accusaient ceux de Ansó d'utiliser des terrains qui ne correspondaient pas à ceux qui étaient définis dans les accords établis. Ceux de Ansó évoquaient les titres de propriété venant de la donation que leur fit en 1234 Jaime I de Aragón, mais ceux de Borce mettaient en doute l'existence de cette donation puisque ceux de Ansó ne possédaient aucun document pouvant le prouver et ils souhaitaient récupérer les territoires jusqu'à la ligne de partage des eaux, comme le prévoyait le traité des Pyrénées signé le 7 novembre 1659.

    Les conditions d'usage de la montagne d'Estaés ou de Astanés ou encore de Estanés seront définies par l'article 10 du traité de délimitation de la frontière entre l’Espagne et la France, depuis l’extrémité orientale de la Navarre jusqu’au val d’Andorre, signé à Bayonne le 14 avril 1862, qui précise:
    "La commune française de Borce aura, une année sur six, l’usage exclusif de la montagne d’Estaés, appartenant à Anso et située sur le versant septentrional des Pyrénées entre la crête et la limite internationale, depuis l’Escalé d’Aiguetorte jusqu’à la Chourrout d’où se dirige de l’Orient à l’Occident une chaîne rocheuse qui sépare l’Estaés de la montagne d’Aspé. La sixième année revenant à Borce correspond à 1863, 1869 et aux années qui se suivent périodiquement au même intervalle.
    Durant leurs cinq années de jouissance libre d’Estaés à chaque période sexennale, les habitants d’Anso pourront faire paître leurs troupeaux de jour et de nuit, en compascuité avec ceux de Borce dans deux zones du territoire français contigües à cette montagne, et les gardes ainsi que les pasteurs auront la faculté d’y couper le bois nécessaire à la construction de leurs cabanes et aux besoins de la vie. La première zone s’étend depuis l’Escalé d’Aiguetorte jusqu’au Mailh de Maspêtres, entre la frontière internationale et la lisière supérieure d’Espelunguère. Pour la jouissance de cette première zone les troupeaux d’Anso auront la faculté de se servir librement à leur entrée et à leur sortie du chemin qui y mène par l’Escalé d’Aiguetorte et le pas de las Planetas, sans pouvoir en prendre d’autre en dehors du territoire commun.
    La seconde zone occupe l’espace compris depuis le Fourat de las Tirérès jusqu’auprès de la Chourrout d’Aspé, entre les croix hautes ou repères de la limite internationale et les croix basses qui la circonscrivent du côté de l’Orient.
    Il existe une troisième zone sur le territoire espagnol entre la frontière et une ligne qui partant du col det Mail, se dirige vers le Clot de la Mine, de là au Coutchet det Garray, au dessus du Mailh de Maspêtres, puis au Fourat de las Tirérès d’où elle va, en s’écartant insensiblement de la limite internationale, au Cap de la Coume del Tach, et s’avance presque parallèlement à cette limite pour finir à la Chourrout. Il est convenu que le gros bétail de Borce qui se trouverait par accident dans cette zone pourra être repoussé sur le territoire français, mais qu’il ne sera passible ni de saisie ni d’amende, à moins qu’il y ait été conduit par ses pasteurs."

    Le Journal Officiel de l'Empire Français du 5 février 1869, publie une lettre adressée le 5 août 1868 par le Général Callier, commissaire français pour la délimitation des Pyrénées, au Ministre des Affaires étrangères où il résume les travaux réalisés par la commission avec les litiges qui ont été réglés. Pour le litige qui "concernait la montagne d'Estaès, située sur le versant nord des Pyrénées, à l'origine de la vallée d'Aspe, et dont la vallée espagnole d'Anso et le village français de Borce se disputaient depuis longtemps la possession et l'usage" il conclut: "ce n'est pas sans beaucoup de temps et de peine que l'accord a pu s'établir. On a eu soin de tout préciser minutieusement pour prévenir les erreurs et les abus et, par suite, la mésintelligence entre les usagers. Le résultat a répondu à l'attente; la paix et l'amitié que les intéressés respectifs se son jurées n'ont pas été troublées un seul instant."
    Pourtant, le 10 octobre 1892, un incident qualifié de grave est relaté dans le journal La Lanterne du Vendredi 21 Octobre 1892 -30 Vendémiaire An 101-, sous le titre "Frontière franco-espagnole Grave incident". L'auteur de l'article s'en prend même au ministre des affaires étrangères en le traitant d'incapable: "Un incident qu'il convient de signaler à la vigilance trop souvent en défaut du gouvernement vient de se produire près d'Urdos, à la frontière franco-espagnole. Il existe de ce côté, à la limite de notre territoire, une montagne appelée d'Estaës, indivise entre la commune espagnole d'Anso et la commune française de Borce. La commune d'Anso jouit des pâturages de cette montagne pendant cinq ans, et celle de Borce, pendant un an seulement, et; depuis une quinzaine d'années environ, ces pâturages sont affermés par la municipalité d'Anso aux pasteurs de Borce moyennant 800 fr. par an. Ces derniers avaient joui paisiblement jusqu'alors de l'objet loué, lorsque, le 10 octobre courant, les douaniers espagnols se précipitèrent sur les bergers français en les menaçant de leurs armes, s'emparèrent de 19 juments et de 124 brebis, et ce, au mépris des dispositions de l'article 26 du traité international de délimitation conclu le 18 juin 1862, entre la France et l'Espagne et de la convention additionnelle du 27 février 1863. De plus, les gardiens de ces troupeaux, un vieillard de 70 ans et un enfant de 10 ans ont été emmenés à Canfranc, puis à Jaca, et ils se trouveraient en dernier lieu à Huesca. Les propriétaires des animaux saisis se sont adressés, en vain, aux différentes autorités espagnoles, depuis le capitaine des douanes jusqu'au gouverneur civil de la province, sans pouvoir obtenir de personne les renseignements nécessaires pour rentrer en possession de leur bétail, non plus que la mise en liberté des gardiens. Maintenant que la chambre est réunie, il est à espérer que si, comme il y a trop lieu de le craindre, M. Ribot tout absorbé dans les intrigues de la politique de ralliement dont il est le coryphée, néglige de prendre les mesures que commande la violence faite à nos nationaux, il se trouvera quelque député de la région pour rappeler ce ministre à son devoir et le sommer de demander réparation à l'Espagne. Il est, d'ailleurs, à constater que depuis que cet incapable a fait intrusion dans l'administration des affaires étrangères, les gouvernements étrangers en prennent à leur aise à l'égard de la France, et qu'il ne se passe guère de jours sans que notre frontière soit violée."

    L'abornement des trois zones d'Estaés (Estanés) décrites à l'article 10 du Traité, précise: "Pour la démarcation des limites de ces zones, conformément à l'article 10 du traité, au lieu d'employer des bornes, on a gravé sur le rocher des croix à double branche, sans numéro, et qui consistent en deux lignes droites parallèles d'un décimètre de long, coupées perpendiculairement au milieu par une autre ligne droite d'une longueur double."
    On peut constater sur le terrain que certaines de ces croix à double branche ont été gravées près de croix simples, sans doute, provenant d'abornements antérieurs.

    Voir galerie photos Abornement montagne d'Estaés



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